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(image du port de Goury, dans la Hague, pas très loin de chez moi, image prise sur ce blog)

Hier était le dernier jour de ma vie.
Hier, j'ai passé la coloscopie. Cet examen que je redoutais tant par sa préparation, son exécution et surtout, son résultat.
Hier, j'avais décidé que quelque soit le résultat, je commencerai une nouvelle vie après.
Hier, on ma retiré un polype de près d'un centimètre de diamètre, et sinon, hier, le gastro entérologue n'a rien vu. Le polype part en analyse donc j'attends les résultats. Hier, l'anesthésie n'a pas duré jusqu'au bout, je me suis réveillée en pleurs avant la fin. Hier j'ai eu mal au ventre, aujourd'hui encore mais.... mais.... hier j'ai quitté l'ancienne moi. J'ai décidé de la laisser là, sur le bord de la route. Cette route qui m'a tant fait souffrir. Cette route si longue et sinueuse.
Hier, j'ai décidé que quoiqu'il arrive, je vivrai vraiment.
Avant hier, l'infirmière psy m'a dit que j'avais progressé, que j'étais dans une phase positive et j'ai aimé cela. Je l'ai répété le soir à O. et il est d'accord avec elle. Je lui ai dit à quel point je m'étais projetté en maman pendant les vacances et à quel point cela m'avait fait peur. Peur de devenir ainsi et peur de laisser ma fille vivre la même chose que moi maintenant. Peur de faire souffrir O. a se priver pour maintenir le couple, comme mon père le fait. Ell m'a dit que c'était très bien de se rendre compte de tout cela, et que maintenant il fallait prendre le temps  (et laisser le temps) que tout se mette en place doucement mais surement.
Hier O. m'a accompagné, il a bougonné un peu à l'idée de perdre sa journée à attendre mais il est venu quand même. Hier soir, c'est même lui qui a dit "on décolle, Bidou (mon surnom entre nous) s'endore et la petite doit aussi aller au lit" alors que nous étions chez mes parents.
Hier, j'ai découvert que l'anesthésie ça fonctionne (faut juste que je prévienne que je me réveille avant... en fait, ça fait ç à chaque fois...) donc je n'ai plus peur de ça. Hier jai observé le monde médical en action, je les admire mais je ne pourrais pas faire ce métier. Hier j'ai discuté avec ma voisine de chambre, encore plus "a risque" que moi. Son papa est décédé du cancer du colon, sa maman en a fait un et n'a jamais fait ni chimio ni rayons et se porte comme un charme. Alors je me suis dit, "c'est possible".. Elle, ma voisine, fait des contrôles où il n'y a jamais rien. Mais sa soeur a régulièrement des polypes, et son propre fils en a déjà eu... comme quoi...
Hier, j'ai chopé une irritation de la gorge à cause de loxygène dans le masque. Jai la gorge en feu mais pour le moment, je tiens à coup de paracétamol et de pastilles pour la gorge. Si cela ne passe pas, médecin biensûr, mais tant que je peux tenir ainsi...
Hier, jai donc décidé de devenir moi. Je balance toujours entre le bio et le pas bio, alors pour tenir, je fais un mixte... peu à peu, je vais réintégrer du bio dans ma vie (alimentation et produits ménager et cosmétiques) mais ça ne sera pas du 100%...
Hier j'ai décidé qu'il fallait que je m'occupe de moi, pour que le reste puisse fonctionner.

Aujourd'hui est donc le début de ma nouvelle vie.
Aujourd'hui, je vais prendre soin de moi, dépasser cette idée que prendre soin de soi c'est être prétentieuse et précieuse.
Aujourd'hui je vais reprendre une alimentation saine, équilibrée, me remettre doucement au sport, prendre du repos, préparer mon travail à l'heure et prendre du temps pour bricoler sans culpabiliser.
Aujourd'hui j'arrête de vivre à travers elle (s), à travers toutes ces femmes qui m'influencent pour vivre comme je l'entends.
Aujourd'hui, je vis. Chaque jours l'un après l'autre, bon ou mauvais...on prend la vie comme elle vient et on profite des bons moments, pour mieux tenir lors des moments plus durs..
Aujourd'hui, je vis, je ne survis plus.